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Sentiers Marin Carignan 3 min de lecture

Observer les chamois sans les déranger

Regarder un troupeau de chamois depuis l'aube jusqu'à midi demande surtout une chose : accepter de rester immobile. Quelques règles pour ne pas les faire fuir.

Il existe mille manières ratées d’observer un chamois. La plupart se ressemblent : on monte trop vite, on discute trop fort, on arrive à l’heure où ils se sont déjà retirés. Et l’on redescend en pensant que la montagne est vide, alors qu’elle n’était simplement pas disposée à se montrer.

L’observation réussie commence la veille. Il faut choisir un versant, une heure, un point d’approche. Le matin, avant le soleil, le troupeau se déplace pour brouter. Au fil de la matinée, les bêtes remontent vers les pelouses hautes et vers l’ombre. C’est ce trajet qu’on vient voir.

Choisir un bon poste

Un bon poste n’est pas le plus proche, c’est le mieux placé. Les chamois se méfient surtout de ce qui bouge au-dessus d’eux. Se placer en contrebas, côté opposé au vent, change tout. Le vent porte les odeurs : si l’on sent sa propre sueur, eux la sentent depuis longtemps.

Il faut aussi un point d’appui pour les jumelles. Un bloc rocheux plat, un tronc tombé, un sac posé à la verticale. Les bras qui tremblent fatiguent en dix minutes. Le dos calé, on tient trois heures sans difficulté.

Rester immobile, vraiment

Une fois installé, on ne bouge plus. Ce qui semble évident devient compliqué au bout d’une demi-heure : le froid gagne, une jambe s’engourdit, une envie de photo pousse à changer d’angle. C’est le moment critique. Un mouvement trop rapide à distance raisonnable, et tout le groupe lève la tête. Deux ou trois mouvements, et il s’éloigne.

Je respire lentement par le nez. Je regarde à la jumelle par courtes séquences de quelques secondes, plutôt qu’en continu. Le geste de porter l’instrument aux yeux est le plus visible de tous : autant qu’il soit rare.

Ce qu’on apprend à voir

Après une heure, le regard fatigue moins et commence à faire la différence. Les femelles mènent les jeunes à la lisière, les mâles adultes se tiennent à l’écart. Une chevrette reste toujours un peu en retrait, la tête haute, pour surveiller. Son attention est un baromètre : si elle se détend, le troupeau broute. Si elle fige, il faut vérifier ce qu’elle regarde. Souvent, ce sera un autre promeneur sur la crête opposée.

L’observation n’est pas une course au meilleur cliché. Elle installe lentement une connaissance du lieu. À force de revenir, on reconnaît les bêtes au pelage, aux cornes, à la manière de marcher. Un individu fragilisé, une vieille femelle, une naissance récente : ces informations s’accumulent et racontent une population.

Quitter l’endroit sans le signaler

Pour partir, je préfère attendre que le troupeau se déplace de lui-même, puis redescendre par le chemin d’approche plutôt que par un autre. Laisser un itinéraire unique, plutôt que deux, limite la gêne pour la prochaine sortie. Certains postes sont fragiles : un sol ameubli, des passages de pelouse, des plaques de terre fine. On les préserve mieux en ne les doublant pas.

Le plus difficile, au fond, n’est pas de voir un chamois. C’est d’accepter de n’en voir aucun ce jour-là, et de revenir trois fois avant d’y arriver.

Mots-clés

  • faune
  • observation
  • éthique
  • chamois

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